Hannah Arendt est un nom que je rencontre parfois au gré de mes lectures, à chaque fois il résonne. Il va bien falloir que je lise un de ses livres un jour, mais en attendant voici une citation de Jean-François Mattéi à son propos.
« À propos du procès d’Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt émettait un jugement à première vue surprenant : le criminel de guerre ne lui était apparu ni monstrueux ni démoniaque, mais quelconque ; sa vie personnelle n’était peut-être pas ‹ celle d’un criminel ›, elle était certainement celle d’un homme incapable de penser. Il avait, certes, des connaissances, des convictions, des arguments, bref il tenait un discours qui laissait supposer la présence d’une vie intérieure ; mais, sans pour autant faire preuve de stupidité, ses propos témoignaient d’une ‹ totale absence de pensée ›. C’est cette carence qui poussa Hannah Arendt à se demander si le mal était assimilable au vide de la pensée, du fait d’une sorte de déficit ontologique qui interdirait à l’acte de penser, comme à son exigence, de se manifester librement dans l’existence. Eichmann était pourtant un sujet, et même, pendant son procès, un sujet de droit ; mais il lui était impossible dee prendre conscience de ses actes et de les penser comme mauvais parce qu’il lui était impossible de les saisir sous un éclairage autre que le sien. Si Eichmann avait pensé une fois, une seule fois, il aurait suspendu, peut-être arrêté cette machine administrative dont il était si fier, composée de rouages continus d’ordres, de règles et de procédures, qui faisait de lui le maillon inconscient d’une gestion qui n’avait d’autre fin que la mort ».
Jean-François Mattéi, La barbarie intérieure (PUF, p. 148)